lundi 17 décembre 2012


Moi je dis qu'on devrait envoyer les candidats de master chef cuisiner à 35 degré, sur du sable, avec du bois, peu d'eau, des bassines, très peu de matériel, plus de 200 enfants, des adultes coriaces, plusieurs nuits blanches et pas de lave-vaisselle: top, vous avez trois heures pour TOUT faire!

Donc arrivées à l'école avec D. à 8 heures avec les bras chargés des ingrédients. La cour est jonchée de papiers, cannettes...mais un point d'eau a été installé! Ce n'est pas gagné, la dalle est déjà toute fissurée et l'eau part dans tous les sens. Premier acte, se précipiter pour récupérer de l'eau via les fuites avant qu'il n'y en ai plus. ( pas des fuites ça, c'est déjà perdu d'avance, mais de l'eau...) C'est un savant partage entre les ouvriers qui font le premier étage de l'école et nous, pauvre binôme, inconscient de se lancer dans une telle aventure!




L'eau n'est pas potable, elle abîme fortement les dents de ceux qui la consomment. Beaucoup d'enfants ont déjà les dents gâtées. La maîtresse de petite section achète deux grands bidons d'eau pour que les enfants boivent un peu. C'est peut-être le seul moment au départ où nous trouvons un terrain d'entente car elle semble ne pas accepter que je contrôle le goûter et elle tourne autour de tous les verres, les assiettes, au lieu d'être en classe, au point que nous nous sentons obligées de la surveiller.
En attendant, je fais les comptes de récipients individuels pour plus de 70 enfants en petite section, plus de 60 en moyenne section et plus de 50 en grande section. Il manque des assiettes, des cuillères, donc la vaisselle en continue est prévue.




Le bois est apporté en charrette.


L'eau et le sel ( deux poignées) sont mis à bouillir dans la marmite.
Je commence à sélectionner les ingrédients mais à nouveau l'enseignante sort de sa classe et vient de façon très désagréable tenter de me faire comprendre que mon goûter va rendre les enfants malades, qu'il ne faut pas tout mélanger, que cela manque de sucre, qu'il faut faire comme ci, comme ça. Elle a beau être assez imposante, elle n'y connaît rien en nutrition et je lui explique bien que je n'ai pas l'intention de faire une marmelade d'huile de palme et de beurre d'arachide avec 5 kilos de sucre mais bien en plat nutritif dont les associations d'aliments combleront certains manques. j'essaie souvent de lui dire " qu'elle a raison pour ci, pour ça..." histoire de faire l'écho mais surtout histoire de lui faire passer après mes orientations. On trouve un petit terrain d'entente un temps, elle fait clairement passer un message en sérère aux femmes qui cuisine pour que je ne comprenne rien et elle repart dans sa classe.

Elle pose sa petite chaise près de la porte histoire de ne pas perdre une miette de mes mouvements. C'est assez compréhensif: une toubab en saurait plus qu'elle, c'est inenvisageable...J'accepte le jeu...
J'ai réussi à mettre de côté deux kilos de sucre évitant ainsi aux enfants d'avoir une bonbonnière comme à l'accoutumée dans la bouche. Les femmes râlent un peu mais vu que j'ai ramené le surplus à l'association, elles sont bien obligées de faire avec.

La pâte de cacahuète est versée dans le mélange de pain de singe et bien mélangée. Le lait caillé est dilué avec un peu plus d'eau, puis de l'arôme fleur d'oranger banane ajouté...Là je n'ai rien pu faire, c'est comme ça, mais elles en mettent peu heureusement. Le sucre est rajouté dans chacun des seaux.

La pâte d'arachide (2kg) est versée dans le pain de singe réhydraté

On ôte les fibres du pain de singe ainsi que les graines grâce au tamis
Les arômes sont versés dans le lait caillé
La pâte d'arachide et le lait sont sucrés.




Le mil est jeté en pluie dans l'eau bouillante: moment de partage avec l'enseignante qui n'a pas pu s'empêcher de venir nous rejoindre! Je m'amuse bien intérieurement à ce moment car je trouve cela amusant en fait de devoir faire avec sa présence: c'est peut-être le seul moyen de lui donner confiance en moi! 

Une fois le mil bien épaissi, bien cuit, à l'aide d'un pot, je le transvase dans un large plat: un véritable sauna en plein air!

 

Le service peut commencer! C'est là que ça s'est gâté car encore une fois la maîtresse des petits est intervenue: énormes portions, d'un côté des assiettes nappées de lait, de l'autre d'une quantité astronomique d'arachide.
J'ai eu beaucoup de mal à lui faire comprendre que je voulais les deux mais en petites quantités pour que TOUS les enfants en aient. Sa question a été d'abord de savoir si ELLE, allait en avoir. Ça m'a autant choquée qu'énervée. Du coup j'ai pris les devant et je lui ai clairement réexpliqué pourquoi je voulais que l'enfant ait à la fois de la pâte d'arachide et du lait caillé et pas soit l'un soit l'autre. Le temps passait, c'était l'heure de la récrée, pas une classe n'était encore servie et vu les assiettes servies au départ, je doutais de pouvoir en avoir assez pour tout le monde. J'ai été un peu vive, mais grâce à l'aide de D. puis de deux autres bénévoles qui sont venues nous rejoindre, nous avons repris les commandes. Un vrai travail à la chaîne jusqu'à la classe et puis de la classe aux bassines, à la vaisselle, au reremplissage, et à nouveau service dans les autres classes. J'avais oublié aussi ça dans la version master chef: il faut aussi faire le service à domicile pour tous les enfants. J'ai été écoeurée de voir que d'autres bénévoles et stagiaires attendaient les fesses sur une table espérant aussi en manger. Bref...avec quelques bras solidaires on s'en est sorties à peu près...service de table, service sur sable...





C'était très fatiguant mais en même temps vraiment sympa ce petit exercice de rapidité et d'efficacité pour les enfants...au final, rien de parfait, mais tous les enfants ont eu leur goûter...par contre zapping total du lavage de mains et de nez avant pour cause de panne d'eau et de maîtresse dans les jambes, d'adultes qui ne pensent qu'à partir les mains pleines et bidouillent pour qu'il en reste sans que je m'en aperçoive etc etc...
Mais avec D. nous avons tout observé, noté, et nous avons déjà en prévision l'organisation du prochain goûter avec moins de restes possibles et surtout en espérant trouver d'autres assiettes, cuillères, bassines afin que chaque classe ait son matériel, ça sera beaucoup plus facile à gérer.
Un grand merci à L. et O. qui n'ont pas hésité à mettre la main à la pâte pour nous aider à laver les assiettes dans cette belle chaîne solidaire...



Les enfants ont mangé très lentement contrairement à leur habitude, ce qui n'a pas été pour nous arranger mais c'est vraiment mieux aussi car ils ont pris du plaisir à savourer ce plat. La prochaine fois la pâte d'arachide sera remplacée par l'huile de palme rouge pour la vitamine A et la fois d'après complétée par le jus de bissap qui permet en plus de lutter contre la parasitose... Les réajustements de présentation et de quantité seront plus aisés à mener je l'espère après cette première expérience transformée en course d'obstacles.
Nous avons vite repris le surplus des ingrédients non périssables et avons laissé les adultes se partager les restes sans vouloir y assister, un peu gênées de voir que les enfants passaient après eux...

C'est comme ça...mais je remercie vraiment encore ceux qui ont été capables de rentrer dans ce rythme effréné pour satisfaire tous ces petits palais...


1 commentaire:

  1. vraiment tu les mérites tes étoiles!!!!!!
    pour que le message passe auprès des adultes ...tu as raison il faut essayer de les faire participer à ta façon de faire et expliquer expliquer expliquer le pourquoi des choses et à quoi ça sert ... et le message passera forcément au moins dans la tête de quelques uns et ça fera boule de neige... mais c'est vrai que les adultes doivent être nourris le mieux possible aussi pour avoir la force de s'occuper des enfants.... un peu pour tout le monde .....
    Bravo.

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