Pas si simple de partir, pas si simple de gérer la perspective d'un territoire inconnu lorsque le sien le reste en permanence," in-connu"...
La peur.
La peur est là, parfois bien plus forte et inexprimable que le désir d'aller se fondre dans d'autres paramètres de vie.
Sans aucun doute, une fois là-bas, il ne restera que les lambeaux de la peur qui parfois me feront un peu trébucher...En attendant, le temps se met en boule, comme moi, et c'est figée que je regarde l'horloge tourner sans moi.
Le temps.
Le temps est là. Ou il ne l'est pas. Pour moi, je ne sais pas. Il prend souvent son indépendance, je le regarde passer et jouer sur et avec les autres.
Ces autres.
Ces autres. Blancs pour la plupart comme moi. Etrangers pour la plupart pour moi.
Mon art n'est pas européen.
Couleurs brutes: nature, galets, mots, images, tissages...
Je ne suis pas de là-bas lorsque je suis ailleurs...je ne suis pas d'ici non plus.
TOUT me semble autre, étranger, inconnu, inatteignable, fluide, glissant, insaisissable, hors de portée. Je suis trop petite.
Il te faut connaître pour mieux aborder.
Pour mieux s'aborder? Ou pour mieux saborder.
Si je te connais toi, parce que j'ai lu sur toi, j'ai entendu sur toi, j'ai pensé sur toi: est-ce que je te respecterai plus grâce à tout ça? Et moi? Moi le supposé savant, qu'est-ce que je pourrai te dire de moi si déjà tu as lu sur moi, entendu sur moi et pensé sur moi?
Rien.
Une inutile et vaine tentative d'aborder l'autre.
En mode pirate.
A la recherche d'un trésor qui ne t'appartient pas et ne t'appartiendra jamais.
Laisser les choses libres.
Les êtres libres.
La peur.
Le temps.
L'autre.
La liberté.
Toi.
Moi.
Ici.
Ailleurs.
J'en suis là...en boucheuse de port et de pores, insoluble, insoupçonnable.
Partira ou ne partira pas?
Pourquoi la peur ne serait-elle pas le nécessaire passage au mode sauvage - merci de ne pas mal interpréter ce mot- ce mode où l'on s'apprivoise tant bien que mal, tant mal que bien, parce que le juste n'est pas forcément atteint au premier coup de patte/pâte donné à l'autre...
Je rajouterai juste un mot aujourd'hui.
Respect.
D'abord de soi.
Se déborder c'est courir le risque de se perdre.
Je n'ai pas de cible.
Je ne risquerai pas de la rater.
Alors?
Partira ou ne partira pas?