Entrelacs et ici...
Depuis deux jours c'est beaucoup d'énergie donnée et perdue...mais au final, j'apprends à rebondir toujours et toujours pour me laisser la possibilité de continuer mes projets en dépit des moments difficiles.
Je ferai un post sur la recette du yassa au poulet que j'ai suivie étape par étape chez mes amis de Rôh qui m'ont invitée pour le 25 décembre. Une bien belle journée en leur compagnie qui m'a permis de sentir combien l'accueil comptait énormément pour moi...
Vous retrouvez ici mon ami maraîcher passionné des plantes médicinales et sa femme, et sur la droite le "charlatan" venu jouer aux dominos que je leur ai apportés, et nous lancer les coquillages de la destinée! J'aurai beaucoup de chance seulement il paraît que je fais des rêves diaboliques!
Le lendemain a été plus difficile: beaucoup d'agitation à l'association sans trop savoir pourquoi, une chaleur qui empêchait de bouger, pas d'eau et quelque peu d'ennui à partager.
Je suis allée à la poste pour voir si le courrier d'une enseignante amie était arrivé. Un véritable périple pour trouver la poste mais finalement j'ai trouvé avec l'aide de D. Mon courrier n'était pas là encore mais j'ai pu acheter trois timbres que j'ai trouvés assez chers. Le postier ne voulait pas me rendre tout l'argent sous prétexte qu'il n'en avait pas assez, mais j'ai été ferme et j'ai récupéré mes sous .A l'heure où j'écris, en étant repassée j'ai pu récupérer l'enveloppe en bon état et ça me fait vraiment plaisir de pouvoir amener ces dessins et photos de France à l'école le jour de la rentrée...rentrée où je vais devoir me ressaisir du chaudron magique pour le goûter...
L'après-midi, j'ai voulu faire de la nougatine avec Fatou B. En m'amenant chez elle pour acheter des cacahuètes, elle m'a laissée le temps de se les procurer avec son immense famille agrandie avec les voisins, occupée à casser les coques des arachides sur de petits tabourets avec un petit manchon. On m'a invitée à m'asseoir. A un moment, une femme m'a appelée. Elle était en train de repasser avec un fer à charbon. Près du tas de vêtements, son bébé de 5 mois était couché, le nez très encombré et il n'avait pas l'air très content. J'ai commencé à m'en occuper jusqu'à ce qu'une petite fille vienne l'embrasser. C'était la soeur. La maman m'a montré son pied. J'ai frissonné: une plaie énorme, profonde, remplie de sable prenait la moitié interne de son pied. J'ai cru que c'était une brûlure d'abord car il y avait une grosse cloque ...J'ai dit qu'il ne fallait pas laisser cela comme ça, qu'il fallait absolument nettoyer car c'était très infecté. Je suis partie à l'association et j'ai ramené une dilution de chlorure de magnésium, de compresses stériles, spradrap, bande, huile de neem et huile essentielle d'aspic. J'ai rajouté une solution pour me nettoyer les mains.
J'ai fait laver le pied avec du savon de Marseille et j'ai posé la compresse sur la plaie propre. J'ai versé du chlorure de magnésium. La petite de ne sentait rien étrangement. J'essayais de faire doucement mais je pense que cela aurait dû faire mal. Ils ont ici une autre résistance à la douleur que nous mais quand même. En nettoyant, je me suis rendue compte que sa jambe était couverte d'autres petites plaies infectées, boutons un peu blancs...J'en ai profité pour tamponner le tout. J'ai versé de l'huile de neem sur un pansement stérile sur lequel j'ai versé deux gouttes d'huile essentielle de lavande aspic. C'est peu mais je ne voulais pas courir de risque. J'ai enveloppé le tout d'une bande et fait enfiler une chaussette. J'ai recommandé de laver les jambes -mais pas le pied- le matin et le soir et d'éviter de souiller le pied où il y avait la chaussette. Port impératif de tongue aussi. J'avais tous les enfants, les femmes en rond autour de moi, pas facile comme situation! J'ai vu que les bras de la petite avaient des boutons, son front aussi. J'ai voulu comprendre comment la plaie s'était faite mais personne ne répondait. J'ai demandé si elle avait posé son pied contre le fer, là on m'a rit au nez. On m'a dit " comme ça...." J'ai demandé depuis quand elle avait ces boutons sur le corps: on m'a répondu depuis quelques jours. J'ai suspecté une infection, mais j'ai aussi pensé peut-être à tord à la lèpre en raison de ce qui finalement m'est apparu comme un ulcère important, des autres plaies et surtout de l'insensibilité.
J'ai préféré dire que je laissais deux jours le pansement pour éviter de laisser trop entrer les bactéries mais qu'au moindre problème, on me fasse appeler.
J'ai tout de suite pensé à l'amener à l'hôpital pour un diagnostic plus clair mais je ne voulais pas prendre la décision seule. Depuis aujourd'hui, je sais que je vais l'amener et que j'ai les financements pour payer la consultation et les soins de suivi si besoin.
Je suis revenue très fatiguée à la maison, la situation n'est pas habituelle...mais en arrivant à la maison, une horreur! Le président de l'association sortait un mouton attaché par les pattes de sa voiture. Le mouton hurlait, sa tête tapait contre le sol. J'étais horrifiée...On l'a attaché à l'arrière cuisine pour le sacrifier en l'honneur de "blancs" sur lesquels on compte pour apporter de l'aide à l'association. Franchement ça m'a démontée. Je suis rentrée pleurer, haïssant ces hommes qui tuent d'une manière atroce ces animaux...Tant pis pour la culture, là je ne tolère pas, point. Je me suis renfermée en colère et dégoûtée dans ma chambre...Je n'avais qu'une envie, aller le libérer la nuit...mais évidemment je ne l'ai pas fait tout simplement parce que je ne voulais pas me faire sauter dessus mais aussi parce qu'ils en auraient pris un autre...mais j'étais bien décidé à bouder le plat jusqu'au bout!
Ce matin, en me levant pour le café, j'ouvre ma porte et je me retrouve avec la bête écorchée devant les yeux et l'un des hommes les mains pleines de sang! Je suis rentrée illico avec une envie terrible de me barrer...pas d'autres mots!
J'ai tourné en rond toute la matinée. Ils ont commencé à faire la fête à l'association pour accueillir le petit monde: de belles chaises, le ménage bien fait, les tam tam, quelques danses...jamais on avait eu ça pour nous. Bref, j'ai décidé de prendre sur moi pour accepter ce protocole qui finalement donne ses fruits...
J'ai été touchée par le regard extérieur sur mon travail...Je doute toujours puisque j'ai l'impression de tout porter souvent seule et à bous de bras...S'impliquer c'est prendre des risques et ici on a vite fait de voir son investissement dévié ou tomber à l'eau. Il faut être assez ferme mais en même temps, la critique ne suffit pas, il faut se bouger et trouver des solutions, au moins suggérer des propositions. La venue de ces personnes de France ont permis une réunion beaucoup plus structurée et ferme que d'habitude et ça fait du bien.
Je continue donc mon projet bibliothèque, le projet nutrition se confirme car les bases posées sont saines et bonnes, financièrement tenables. De nouvelles aides financières y sont attribuées car on rend le goûter prioritaire. Nous avons donc pour un trimestre de fonctionnement, chaque goûter coûtera au maximum 20000 CFA. Nous allons pouvoir stocker les denrées non périssables dans une pièce qui fermera à clé et donc acheter en avance, le mil, le lait en poudre - peut-être un jour aurons-nous du vrai lait...- ( pour le caillé), le pain de singe, le sel, les arômes, le sucre, l'huile de palme.
Le matériel va être complété petit à petit pour que chaque classe ait le bon nombre de cuillères, d'assiettes, de verre. Le lavage des mains sera mis en place avec des bassines pour chaque classe. Les restes seront mis dans des seaux et redistribués aux enfants qui ne vont pas à l'école. la vaisselle sale dans une bassine et comme nous aurons suffisamment de matériel nous ne serons pas obligés de presser les enfants pour manger, ni épuisés à faire la vaisselle entre les services.
Il faudra que tous les bénévoles sur place aident au service. Je montrerai bien la quantité à verser dans les assiettes pour qu'après les bénévoles suivants et les femmes nutritionnistes sachent continuer à le faire et ne donnent pas plus que ce qui est prévu.
Ensuite, un gros lot de vêtements pour enfants de 3 à 5 ans a été donné. Nous allons en faire des petits paquets et aller directement dans les familles des enfants scolarisés défavorisées pour leur donner. Il en sera de même pour quelques jeux.
Nous avons parlé beaucoup de la gestion de la cagnotte des bénévoles et stagiaires sur place. Elle servira à payer des petites réparations sur place, aider à acheter un peu de matériel pour les projets en fonction des besoins, parfois participer à la vidange des fosses si l'argent n'a pas été utilisé et qu'il reste en quantité suffisante. En aucun cas cela sera pour financer des boissons, ou des dégâts causés par les stagiaires et bénévoles. Il faut que chacun se responsabilise, qu'il y ait des discussions quant aux besoins, aux achats à faire.
Par ailleurs chacun doit mettre du sien pour un peu de nettoyage, participer à tour de rôle à la vaisselle, sans que cela soit toujours les mêmes qui le fassent ou demandent qui doit le faire. Il faut respecter l'espace de chacun et de tous, et quand ça tourne beaucoup avec des intentions différentes ce n'est pas simple: un stagiaire n'arrive pas avec les mêmes attentes et intérêts qu'un bénévole ou qu'un vacancier de deux semaines qui vient faire coucou...Maintenant tout est question de maturité, de bon sens et les cancans il faut les laisser à la "basse-cour". Vivre en communauté ce n'est pas vivre tous "pareils"...d'ailleurs je vois plein de locaux aussi s'isoler, fuir le bruit et petit à petit d'ailleurs ils m'appellent dans leurs coins pour partager ces moments paisibles...j'aime.
Il faut une certaine discipline pour trouver des solutions qui permettent à chacun de se sentir bien et cesser de penser que le groupe est plus "fort" que la personne plus discrète...Bon tout ça, semble un peu basique à écrire mais dans les faits, la vie devient vraiment très vite impossible en communauté s'il n'y a pas un minimum d'effort et de liaison. Plus on compose à plusieurs, plus on se sent libre d'agir et d'être soi-même sans tension intérieure et extérieure.
Voilà, la journée a été donc fatigante mais j'ai été contente de pouvoir manger plus de légumes que d'habitude même si j'ai boudé la pauvre bête! Je suis allée en fin d'après-midi me détendre en allant courir dans la savane encore près de mes eucalyptus, poursuivie par des agneaux, des petites charrettes tirées par des ânes et heureuse de voir de beaux oiseaux bleus venir se poser sur les arbustes...J'ai vu aussi un tout petit oiseau rouge vif posé près de petits canetons. je n'avais pas d'appareil photo mais mes yeux se sont régalés.
Voilà, pour ce soir, je m'arrête là, car je suis très fatiguée...