mercredi 28 novembre 2012

Qui a dit que la peur était un frein à l'action?
Je ne suis pas morte de trouille mais bien vivante de trouille ce qui donne une sensation un peu étrange.
A quelques heures du départ je suis dans l'incapacité de définir sur quel mode émotionnel je me trouve...C'est indistinct: un plat un peu fade là où j'aurais pensé il y a quelques semaines y sentir un met épicé. Je crois que j'ai en fait dépassé le seuil humain de la gestion émotionnelle et que par protection je me suis nimbée d'une bulle anesthésiante pour être capable de gérer jusqu'à l'arrivée tous les détails qui "pèsent" avec sang froid.
Compte à rebours de mes actes en mode synthèse.
Je souris derrière l'écran: moi, devenir une fille synthétique? J'imagine cette alchimie impossible.
Si j'avais à remplir un CV à l'occidentale et que l'on me demandait de nommer une qualité et un défaut j'aurais dit avec une pointe d'humour:

Capacité d'analyse haute.
Capacité de synthèse: en cours d'acquisition...peu mieux faire.

Je me serais un peu débrouillée pour retourner ce défaut: " C'est pour cela qu'il est important pour moi de m'insérer dans une équipe pour que chacun trouve sa place et soit complémentaire...".

Fille de l'air cherche " complément-terre".

J'en suis là, on ne me l'a jamais donné, l'ai-je seulement cherché?

Choix du haut vol, me voici transformée en guerrière de lumière pour reprendre l'expression d'une amie chère, les pieds dans la terre, le cœur dans les airs...J'aimerais mixer le tout car je pense que je peux très bien avoir le cœur au bout de chaque orteil pour à chaque pas que je foulerai dans cette terre d'accueil, dire je t'aime en mode je reçois " cinq ( orteils) sur cinq ( orteils)" les signes qui n'ont pas besoin d'être verbalisés.

De même, je veux absolument ne jamais oublier que nul ne peut être un être de lumière pure sans l'ancrage essence-ciel...

Fin des plans sur la comète. Il faut être juste, à l'écoute, en mode passeur discret....

Je pars avec des kilos de livres généreusement offerts par Milan Presse et les Editions Milan . Je les ai triés grâce à de bons conseils afin de ne pas promulguer une culture qui fasse défaut à celle qui se tient déjà par elle-même- mais sur un autre paradigme- dans cet ailleurs de tradition orale.


J'ai appris grâce aux obstacles rencontrés dans ce désir d'exporter des livres, combien un don pouvait devenir tant pour le donneur que pour celui qui reçoit, un véritable cauchemar...

J'ai appris comment la perspective du cauchemar et la sensation d'en vivre un- en mode "égo blessé-, peut devenir une base de changement, de recherche, d'ajustement.

Je remercie dans ces étapes plusieurs personnes qui devront se reconnaître par leurs initiales: MF, LG,AR,MM,MR, FG, BN, FB, Y, B, PS,MT, AAA, TWD ....je vais en oublier, je mets les principaux...
Je voudrais aussi remercier des structures et ceux qui s'y trouvent comme l'Oasis, No'Mad, Hand In Nature pour leur coopération même éloignée ou silencieuse parfois...
J'ai ainsi pu épargner la mienne de structure et me reposer un peu sur des terres d'accueil transitionnelles où j'ai pu filer, tisser, détisser, retisser de fil en aiguille- à changer souvent- mon projet...jusqu'à l'ajuster et le faire plus léger, modulable, souple.

Je voudrais aussi partager un peu des mots qui m'ont été offerts ces deux derniers jours comme un ultime guide grâce à la rencontre d'éditeurs, libraires, diffuseurs d'éditions francophones dans le cadre du Festival des Lettres d'Automne de Montauban. Merci à l'Oiseau Indigo de m'avoir donc conseillé l'achat de "l'Afrique mutilée" d'Aminata Dramane Traoré"...La lecture m'a permis de penser que je pensais juste, et que je n'allais pas me poser en travers d'une culture, d'un lieu; que j'allais écarter le plus possible le risque de semer des graines diaboliques et pouvoir nourrir du symbolique et le voir croître peut-être...l'intention y est.

Je laisse la parole à ces femmes africaines..." ko, ko, ko" qui parlent aussi au nom de leurs hommes:

"Nous étions dans une pirogue qui nous permettait tant bien que mal d'aller d'un bord à l'autre du fleuve. Sous le poids des réformes structurelles soi-disant faites pour alléger notre tâche, notre embarcation a pris l'eau. Nous voici coincés au milieu du cours, ne sachant plus vers quelle rive nous diriger. Elles sont toutes deux devenues inaccessibles. Ne pas bouger, colmater les fissures, balancer ce qui nous plombe ou nous jeter à l'eau sans savoir nager, sans appeler à l'aide. Nous sommes la population civile et ils nous mettent en danger!
Et si la nature du développement était à l'origine du naufrage, le nôtre, celui de nos Etats?"
" Qui donc questionne le concept du développement, à la lumière du paradoxe africain qui est celui d'un continent immensément riche aux populations majoritairement démunies et désemparées?
      Nous sommes mille et une femmes debout qui refusent d'être des bêtes de somme de l'économie de marché, des bras seulement bons à colmater localement, en silence, les brèches ouvertes dans le tissu social et économique du Mali et de l'Afrique par des réformes non concertées, non explicitées et non conformes à nos besoin." (...)
" Nous ne voulons plus être femmes-alibis ni bétail électoral (...)
Pas femme porte-poisse qu'on rejette à la lisière du groupe parce que trop noire, trop blanche, trop grosse, maigre à pleurer, pas assez ceci ou beaucoup trop cela!
Mais plutôt femme porte-parole, porte-voix ou porte-plume,
Citoyenne-sentinelle qui guette obstinément sur le bord du sentier:
  Femme ministre, femme essayiste, femme journaliste, femme styliste
Femme griotte, femme commerçante, femme servante, femme mendiante,
FEMME QUI PEUT TOUT MAIS REFUSE D’ÊTRE A TOUT FAIRE!"

J'engage chacun à découvrir ce petit livre des éditions TAAMA, Bamako, Mali: " Redresser la tête et l'échine, marcher debout, exister ici et partout ailleurs ainsi vont les femmes et les hommes de "Taama."

Les enfants sont ces femmes et ces hommes du futur: offrons-leur la chance de le construire...


Mots qui me parlent, qui peuvent parler à mes lecteurs, à d'autres qui ne lisent pas, ne peuvent pas lire, n'ont pas ou plus envie de lire et même pire...de dire...de faire...d'oser faire...

Je pars donc, en légèreté, en dépit du poids de mes bagages, avec mes biscottes transformées en chapelure  à force de subir les tentatives de fermeture d'une valise qui avait décidé de "l'ouvrir" quelle que soit la pression exercée par autrui...moi, en l'occurrence.

Eh oui, on ne peut pas tout emmener dans sa valise: il faut savoir laisser là un pan de sa vie pour mieux laisser de la place à celle qui nous attend.

J'ai finalement enlevé mes biscottes et une grosse tasse...Je ne la boirai donc pas celle-là. Pas celle de tous les jours en tout cas...

Ma valise est fermée. Elle a le...loquet...malgré tout...


Bon voyage...

lundi 5 novembre 2012

Je devrais parler de toutes les difficultés que j'ai à préparer ce convoyage de bibliothèque en Afrique...je le ferai. Là j'en parle tellement autour et je m'agite tant autour de ce projet qui me tient à coeur que j'ai besoin étrangement de dériver.

J'avais prévenu: un récit de voyage ça dépasse la simple description des faits. J'ai aussi décidé de ne pas écrire que du beau, de l'intéressant pour tous, de l'étonnant.

Je prends support comme je l'écris souvent pour supporter l'insupportable.

Un thème lancé dans l'Oasis où le temps s'écoule jour après jour dans l'attente du décollage. Un lieu pour prendre appui, un lieu pour prendre la virgule comme une aiguille de couturière en va-et-vient.

Alors: Terrain connu? Ou terre inconnue?

Étrange, je n'avais jamais fait le rapprochement. Pourtant, il s'agit de cela: superposer le terrain connu et la terre inconnue.
Une histoire d'amour finalement qui pourrait commencer et s'arrêter à cette image si on en restait là...à ne pas trop y penser- ni à l'un, ni à l'autre. Mais le reste est là, et de l'un et de l'autre. Le pareil au même mène au pareil ou même: égaux à tous niveaux. Les deux ne valent pas le coup que je m'y attarde.

Le terrain connu, je le connais. Il m'importe donc peu. Je m'y ennuie souvent beaucoup.
La terre inconnue, je ne la connais pas. Elle ne m'apparaît donc pas.
Pas comme elle est en tout cas.
Pas comme elle sera en tout cas.
Un cas de mauvaise volonté. Vol honteux que de s'y conforter.

Dans tous les cas, lorsque la terre inconnue deviendra le terrain connu, phagocytée encore une fois par le genre masculin comme dirait l'autre-"Elle", devenue "Il", ce terrain connu, m'importera donc peu. Très vite.

Puisque je l'ai déjà dit, et déjà écrit:
Le terrain connu, je le connais. Il m'importe donc peu.

Alors,

Est-ce que la terre inconnue vaut le déplacement?
Car il s'agit de cela.

Ce qui compte, n'est ni le terrain connu, ni la terre inconnue ou encore nue tant que l'autre n'y est pas, mais bien le déplacement.

C'est ça.

Je suis d'accord avec moi depuis le départ.Ça c'est plutôt rassurant. Et surtout plutôt rare.

Il n'est rien qui ne m'intéresse autant que l'art de cheminer d'un terrain connu à une terre inconnue, mais il m'importe surtout de bifurquer avant d'arriver, non de déserter je ne pars pas en guerre-avant que n'arrive le mal, très haut parfois, ce mâle qui domine en terrain connu.

J'admets qu'il est des discours d'un féminisme plus aiguisé. Peu importe. Peu m'importe d'être comprise ou prise pour une...conne féministe, je le répète en terrain conquis je vous le demande? Bref, je lutte pour la pérennité en mode maternité des terrains vierges où il faut refuser que s'amoncellent mais surtout que s'ensemencent celles qui pourriront la terre mais surtout la mère qui au nom du père - mon esprit sans femme s'enflamme, aura déjà porté féconde et supporté la faconde de maux douloureux au point de ne plus savoir qu'en dire de ce père inconnu qui n'a d'yeux en paire inconnue que pour ce qui s'agite sous lui en terre inconnue.

Je suis d'accord et de corps pour écrire qu'il vaut mieux se taire et ne rien en faire de tout cela puisque les histoires d'adule-terre  ne mènent à rien et que le temps- temps de rendre copie sur terrain connu ou terre inconnue je n'en ai fait aucun choix- vient de me barrer le chemin. Me voilà donc ni femme ni Dieu ( me voilà mâle/ mal ), coincée entre deux terrains....ce qui me donne un étrange mal de reins et de tête à me demander comment s'appelle ce territoire situé entre terrain connu et terre inconnue?

Je suis une fille très simple, pas complexe du tout, juste complexée. Je pars en terre inconnue....ce qui me donne quand même une certaine orientation comme vous le lisez.

Je relirai et relierai demain à tête reposée...

La fille sans queue ni tête.