2h30 du matin, je me lève dans la nuit, je détache ma moustiquaire et la range dans mon sac. Fin du séjour dans le Siné-Saloum.
Je traîne mes bagages dans le sable jusqu'au fromager. Impossible de rester dessous pour attendre le bus, des dizaines d'oiseaux sautent de branche en branche...danger dessous, ce n'est pas le moment de se faire tâcher!
Plusieurs lampes de poche brillent dans la nuit: les arpenteurs du bus frappent aux portes pour réveiller les habitants qui ont réservé leur place: pas de réveil, il faut bien trouver une solution pour ne pas rater le bus.
Plusieurs chiens hurlent, les chats se faufilent entre les paillottes, les calèches nocturnes rentrent après une grosse journée de travail...les brebis bêlent, la vie me semble belle.
Le bus arrive doucement. Je donne mes bagages et je grimpe pour prendre une place. Je ne choisis pas la meilleure: la porte centrale s'ouvre toujours, il fait bien frais, et à chaque arrêt on frappe sur la tôle sous ma fenêtre pour signaler au chauffeur qu'il peut repartir...
Il faut une heure au bus pour n'oublier personne au village...moi j'attends l'adresse "Garage"...un secret...ma chère Nga monte avec moi sur Dakar. Comme promis, grâce à un lecteur de ce blog et par le biais de mon association Hand'In Nature, je vais lui acheter la machine à coudre qui va lui permettre de coudre ses broderies et d'augmenter ses revenus. Je la vois monter, elle me reconnaît, seule toubab ( blanche) parmi les kinoubals ( noirs)... On se sert dans les bras. Mon dieu, que son sourire est beau! Elle a attaché ses cheveux avec un bandeau de toutes les couleurs et a mis une paire de jolies boucles d'oreilles qui lui tombent dans le cou comme un serpent...
Le bus redémarre...les lumières s'éteignent les unes après les autres...Je me cale contre la fenêtre, Nga pose son front sur le siège de devant...
Je reçois un message pour me rappeler mon arrêt. Mon amie décide de descendre avec moi pour me rassurer. Après quelques minutes d'attente on vient me chercher en voiture. Je découvre un peu de ma famille de la capitale par alliance...ça me fait tout drôle...
Je voudrais que la voiture fasse un détour pour Nga...mais je la vois s'éloigner seule au bord de l'autoroute rejoindre sa vie à elle. Dans deux jours je la revois, mon coeur se détend à cette idée mais je ne peux m'empêcher de me projeter à 8000km sans elle...Nga...
Quelques temps de vie de famille, simples, agréables...malgré tout je suis assez triste de voir que le monde occidental a atteint l'Afrique. Les enfants sont scotchés devant les écrans, inactifs, ils mangent, ils tapent, ils pleurent...Les Ipod, Ipad, télévisions ont remplacé le plat commun...l'attention se détourne de l'essentiel...les yeux ne brillent pas pareil... on achète industriel: on n'a plus le temps du "faire"... La nature se replie dans les jardins; les rails sont tapissés de peau de mouton ou d'agneau, les enfants des villes jouent dans les détritus mais ces "pauvres" restent loin de la technologie et leurs regards pétillent malgré tout... Enfants des rues, tablettes coraniques entre les mains, récitant les versets à la gloire d'Allah...vous êtes beaux aussi quand vous tournez votre visage et vos lèvres murmurantes vers moi...Je vous photographie du regard...ancrage à encrer...
Lundi matin, péripéties pour récupérer l'argent qui va me permettre d'offrir l'outil de travail à mon amie. Une fois l'enveloppe serrée contre mon coeur, bien coincée dans mon sac, je souris à l'idée de revoir mon amie...pour le dernier jour.
Rendez-vous à la médina: immense marché, étals de fruits, de légumes, travail du cuir, du bois...quartier vivant. J'ai beau être blanche, personne ne me saute dessus. Je suis accompagnée il est vrai mais je sens bien qu'ici, ce n'est pas vraiment un lieu touristique. C'est un lieu comme je les aime dans ces villes d'ailleurs: ça vit, ça parle, ça échange en criant et dansant, ça colore, ça rit....
Nga me rejoint devant le stade Ibar Mar Diop. Je prends une photo, c'est interdit. Trop tard, c'est dans la boîte!
Papou nous suit jusqu'à la boutique. C'est un grand moment pour moi et certainement aussi pour Nga.
La machine lui appartient!
Après avoir déposé la machine dans un lieu sûr, nous rejoignons place de l'Indépendance ma nouvelle "tante" chez qui je suis accueillie comme un nouveau membre de la famille...
J'ai décidé d'inviter tout le monde au restaurant...Même si le repas est froid car nous sommes arrivés tard, le moment partagé est pour moi très émouvant...je ne sais pas ce qu'il y a sous ce partage, je regarde le passé, le présent, l'avenir, je pense aux retrouvailles alors que je ne suis pas encore partie, je trame, je tisse intérieurement, et je ne peux m'empêcher d’œuvrer à relier ces personnes qui ne se connaissent pas pour qu'elles puissent en mon absence peut-être mieux se découvrir...Je sens que les choses sont justes et vraies, surtout sans pression...Nga me glisse souvent dans l'oreille que je vais lui manquer...Elle me manque déjà aussi mais je tente de ne pas le laisser paraître...
Après le repas, nous sommes allées dans une librairie acheter "the" livre dont m'a parlé Nga: Une si longue lettre de Mariama Bâ. A cette heure, je l'ai presque fini, et c'est un enchantement...La poésie me relie à mon amie, à ces femmes qui affrontent ceux qui veulent les soumettre avec violence, sans violence: la plume, le détournement, les mots et l'attitude juste. Nga, ta vie n'a pas été facile et je comprends combien Mariama Bâ t'a aidée dans ta lutte pour trouver la force de laisser derrière toi celui qui t'a fait tant de mal...ceux qui t'en ont fait plus largement. Tu m'as donné de précieux conseils pendant ce séjour. Pour moi tu es une soeur, pour ces femmes que tu aides, une lumière... Je suis contente de t'avoir donné en échange le livre d'Aminata Traoré L'Afrique mutilée. Il t'était destiné...
Je suis repartie avec tous tes petits sacs à vendre en France ainsi que tes bonnes cacahuètes...je veux revenir avec ce qui pourra t'aider à monter ton projet, et je suis heureuse de savoir qu'un lien entre toi et Fambine est aussi en train de naître...
Des prénoms ricochent à mes oreilles en ondes bénéfiques: Moustapha G., Nga, Souleymane, Aïssatou, Ousmane bébé, Mariama(S)...la musique des machines à coudre dessine une "portée"...je m'y ac-CROCHE...
Lendemain calme. Les fils deviennent tresses, je laisse mes cheveux entre les mains d'Aby, jolie et gentille couturière sourde et muette...toi aussi tu as besoin d'être aidée, accompagnée...Nga va venir te rencontrer, te serrer une main amie...Aby...merci...
Le taxi m'emmène vers l'aéroport. Je regarde les derniers soleils du sud, je ferme les yeux...
Bruxelles, 4h15 heure africaine, 5h15 chez les gris: ça pleut...intérieurement. Je m'endors dans l'aérogare allongée sur quatre sièges. Je n'ai peur de rien, je me sens à nouveau confinée dans une bulle, celle du souvenir, celle où je choisis qui peut y entrer et en sortir...J'ai le coeur gros, gros de bonheur, le reste n'y prend plus part...j'élague, je ne garde que le meilleur, je fais un peu de place pour le partage du retour avec les gens qui m'aiment et m'attendent.
Je reviendrai vite...je le sais...
Ce matin dans ma cuisine contemporaine, devant le lave-vaisselle, je reçois un message d'Nga écrit en lettres majuscules: "TU NOUS MANQUES DEJA."
Nga, je t'aime... Sénégal, pluie du dernier jour, toi qui a pleuré pour me dire au revoir...attends-moi.
vendredi 1 février 2013
Derniers jours à Diofior...j'en profite une dernière fois pour aller rendre visite à mes amis de Rôh. Mes yeux impriment une dernière fois cette vie rurale, simple, aimante...
Les animaux m'offrent leur beauté naturelle...
A l'heure où j'écris ces mots je suis rentrée. Je suis repassée par la case civilisation et franchement, je ne pense pas que la modernité soit une pierre de "développement"...Un contre-point peut-être au monde traditionnel, mais pas forcément un contre-point qui aide l'humain ou l'animal à mieux vivre...dans leur coeur...et leur corps...
Derniers moments de partage autour d'un succulent Thie bou dien au poisson dégusté dans le petit jardin aux graines magiques...
J'ai vraiment fait le souhait, puits à l'appui...de revenir bien vite...
Les animaux m'offrent leur beauté naturelle...
A l'heure où j'écris ces mots je suis rentrée. Je suis repassée par la case civilisation et franchement, je ne pense pas que la modernité soit une pierre de "développement"...Un contre-point peut-être au monde traditionnel, mais pas forcément un contre-point qui aide l'humain ou l'animal à mieux vivre...dans leur coeur...et leur corps...
Derniers moments de partage autour d'un succulent Thie bou dien au poisson dégusté dans le petit jardin aux graines magiques...
J'ai vraiment fait le souhait, puits à l'appui...de revenir bien vite...
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