Un peu de retard pour donner des nouvelles du trajet et de l'arrivée à Diofior. Je suis obligée d'être sélective et de prendre un peu de recul sur les événements avant d'écrire car le vécu est riche et fatigant. Le temps passe ici très vite.
Donc après un voyage un peu long avec une carence de sommeil, je suis arrivée à l'aéroport de Dakar un peu angoissée par le retrait des bagages et le passage de la douane. Effectivement, alors qu'une autre bénévole arrivée avec moi est passée sans problème au service douane en ayant marqué les mêmes choses sur son petit papier, moi j'ai été bloquée avec prise d'empreintes renforcée et flash des deux pupilles et une bonne dizaine de questions...Bref, me voici fichée.
Il a fallu ensuite attendre nos 6 bagages très longtemps et la manutention de ces presque deux cents kilos en se délestant des "porteurs" un peu affairistes et collants n'a pas été sans fatigue. Le change s'est bien passé, j'ai sorti ma petite calculette pour ne pas me faire avoir.
C'est en passant la dernière ligne que j'ai encore eu droit à être bloquée. Tous les bagages de D., mon accompagnatrice sont bien passés en dépit d'un contenu un peu plus problématique que le mien: médicaments, perfusions, compresses stériles pour l'hôpital pédiatrique, mais aussi jouets, matériel scolaire... Mais moi, au moment où je faisais le tour du comptoir après un énième portage de tous ces kilos car il ne faut pas compter sur les douaniers pour t'aider à lever tes affaires- c'est plutôt montez, poussez, passez... un douanier stop mon sac à l'arrière, un au hasard, et me dit: " celui-là il me faut l'ouvrir. Je commence par lui demander pourquoi puisqu'il a vu qu'il n'y avait pas de contenu problématique. Il insiste, je refuse, je dis que je ne comprends pas pourquoi, que je n'ai pas mes clés pour le cadenas et qu'il est trop ficelé et qu'il va y en avoir pour des heures;
Il fait signe à son collègue que la petite toubab commence à le gonfler. L'autre arrive avec un cutter. je dis, ok, je trouve mes clés. Je commence à déchirer les sacs plastiques puis au moment d'ouvrir le cadenas, je vois que l'autre douanier est parti s'occuper d'une autre personne, j'insiste à nouveau, je dis que ce sont des livres pour les enfants d'une communauté et je gagne du temps en lui disant le nom et l'endroit. Et là, coup de bol, j'attendris le douanier car il est de la région, et je le vois limite les larmes aux yeux- un peu plus il me faisait pleurer mais là franchement j'avais 30 heures sans sommeil, faim et soif et l'envie de lui planter le cutter dans la main- il dit " Oh! je suis du coin, c'est un peu de moi là-dedans..." Moi: " oui oui, vous pouvez me faire confiance, passez voir, vous verrez ces livres pour ces enfants.." Il regarde son collègue au loin et me dit que je peux passer, qu'il me fait confiance. Ouf!
Je n'ai pas traîné.
On a ensuite roulé pendant plus de trois heures avec le chauffeur de l'association, fenêtres grandes ouvertes sans vraiment de lumières...Le moteur annonçait la surchauffe, et la rue totalement cabossée à l'arrivée avec les chevaux et les vaches percutés morts sur le bas-côté annonçaient bien l'arrivée dans le monde rural.
Nous sommes arrivées épuisées, assoiffées...un coup d'oeil bref dans la chambre en arrivant nous a permis de voir que nous allions vivre simplement, avec le minimum. Pas d'eau à la douche pour cette nuit, pas de chasse d'eau, toilettes communes avec mon espace à traverser pour s'y rendre. Pas d'intimité donc...Une bénévole sur place m'a donné un peu d'eau car je n'en pouvais plus.
Je me suis battue pour l'installation de la moustiquaire, puis je me suis jetée dans le noir en débranchant car par d'interrupteur. La nuit j'ai senti des choses bizarres sur mes jambes: rien de méchant, une petite série de sauterelles qui me regardaient avec leurs yeux africains...
J'ai donc bouché les trous et je me suis dit en souriant: l'aventure commence ...
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