Il est posé sur le sable, et l'on marche en soulevant des nuages de poussières en chassant quelques coquillages. Il y a des ânes, des biquettes et des baobabs magnifiques qui quadrillent les petites cases en terre battue ou en dur.
Le lieu est paisible, les sourires étincelants, les enfants crient "toubab" à tue-tête en dansant.
Réveil douloureux à 5h du matin au son du muezzin: le haut-parleur de la petite mosquée est au-dessus de mon toit en tôle. Il est relayé par le chant des coqs et le bêlement des chèvres.
Je me lève: quelques bénévoles sont autour d'une table. Il y a du pain, un peu de confiture bio ( ça me fait sourire) de melon, d'hibiscus et de mangue. On nous apporte de l'eau chaude, il y a du café soluble. Petit déjeuner simple mais suffisant car j'ai vraiment besoin d'eau fraîche plus que de manger mais je suis immédiatement prise dans la vie quotidienne.
Une heure plus tard nous avons traversé la rue de sable nous menant à l'école; ça grouille, ça crie, c'est adorable. On me serre la main: " ça va, ça va en forme, tout va bien?"...Moi qui n'aime pas répondre normalement à cette question je ne peux qu'y répondre avec un large sourire car les mains sont chaleureuses, les corps présents, la lumière est dans les yeux...le cœur y est.
Trois classes, presque deux cents enfants, trois sections.
Deux bénévoles par classe pour une "enseignante". Les enfants sont mis en train et on fait l'appel: ça ne répond pas toujours, les enfants connaissent plus leur surnom que leur prénom. Je suis mise en grande section de par ma formation d'enseignante, de par les besoins...Je me retrouve face à des tables où s'entassent trois à quatre enfants qui finissent leur petit déjeuner, de la poudre de cacahuète jusque sous les yeux. Ici c'est la région de l'arachide.
L'éducation ici est ...spéciale: frontale, on doit faire rentrer les choses de façon insistante, il n'y a pas de pédagogie. Les enfants doivent répéter sans forcément comprendre du vocabulaire jusqu'à ce qu'il rentre en force...parfois l'enseignante peut en arriver aux mains.
Je ne juge pas, à l'évidence ces enfants qui parlent sérère sont encadrés par une personne qui n'a pas de connaissance sur la façon de faire apprendre en fonction de l'âge...elle fait ce qu'elle peut.
Je laisse faire un temps, et voyant que la classe s'absente , je prends le relais, commence à faire des dessins au tableau en fonction de ce que l'enseignante tente de faire passer. J'ai un peu peur d'être invasive mais bien vite, voyant que les enfants captent, elle me soumet son autre leçon à dessiner. Mais le frontal ne va toujours pas, les enfants se lassent. Je prends donc la classe et leur fait mimer le vocabulaire, jouer avec leurs mains, leur corps, en passe par le rythme, je fais un peu le clown au passage: les regards se stabilisent, les sourires augmentent, les enfants semblent heureux et attentifs...
C'est au moment où les enfants découvrent le mot "langue" en la tirant que l'on m'appelle à la porte. Oh surprise, mon amie P. pharmacienne française et son ami J. chirurgien qui finissait ses études par un stage à l'hôpital de Dakar, ont fait un détour avec leur chauffeur pour me voir!
Moustapha le président de l'association les a accompagnés jusqu'à moi. On file à l'hôpital pédiatrique en construction encore en mode légo. Je n'ai toujours pas bu...On a récupéré D. en passant qui finissait sa nuit après le long voyage. On nous explique le projet, P. et moi expliquons l'importance dans le projet d'adjoindre les compétences des tradi-praticiens.
On repart à l'association, trions les médicaments, et P. nous donne quelques conseils d'utilisation si besoin.
Après leur départ je demande en urgence où acheter de l'eau. Je sens que je vacille.
Nous voici à 5, reparties sur le sable jusqu'au bout de la route.
Nous achetons 4 barils de 10l d'eau à un mauritanien, et deux trois autres choses essentielles...
Il faut bien évidemment rentrer avec ce poids sur les épaules en mode torticolis. Mais là, ça va mieux car j'ai aussi acheté une bouteille d'eau fraîche dont j'ai déjà bu la moitié.
Les choses se calent, je me sens de mieux en mieux dans ces lieux, l'adaptation se fait rapidement.
C'est l'heure du repas.
On est servies dans un plat commun sur une natte, les bénévoles d'un côté, les femmes de l'autre, les hommes plus loin.
C'est très bon même si un peu gras. Du riz concassé à l'huile de palme ( n'est mauvaise que raffinée et mal utilisée comme dans les pays occidentaux en substitut de bonnes graisses...), un peu de poivrons, d'oignons, une demi-carotte et au centre du poulet grillé: une petite aile pour 4 ou 5, ça ne va pas étouffer grand monde. D'ailleurs un groupe a fini avant nous et nous regarde affamé espérant qu'on en laissera. Coup de bol on est trois sur quatre à ne pas trop manger ce midi.
Après-midi un peu de repos, de contact avec les femmes, les enfants de la communauté. Nous avions peur de n'avoir qu'un repas par jour mais finalement le soir on nous appelle aussi pour manger.
Cela reste simple mais toujours bon..et toujours un peu gras quand même.
C'est de la grande découverte parce que l'on est plongées dans le noir. Une fille de l'autre groupe mange avec une lampe frontale, ça me fait marrer. C'est clair que l'on ne peut pas voir si l'on va manger quelques sauterelles en plus!
Là c'était un mélange de petits pois et de pommes de terre avec des épices et un bout de pain blanc rassis.
Suffisant quand même car assez lourd à digérer.
Le lendemain nous avons partagé une clémentine qu'il nous restait.
Suite à la réunion de l'association, en plus du projet scolaire et du cente de documentation, je suis associée au projet du goûter avec objectif d'un apport qualitatif et quantitatif pour les enfants. Ce projet peut être mis en place grâce à l'apport financier de D.J'explique en fonction de mes observations et de mes connaissances en bionutrition comment on peut concevoir le projet. On le travaillera au sein d'un groupe avec un nutritionniste de là-bas qui permettra d'aider à adapter les connaissances occidentales aux bases africaines. Les aides se faisaient avant en don de kilos de mil par les parents mais cette année il a trop plu et du coup presque aucun don n'a été reçu. L'argent de D. est donc un nouveau souffle: l'objectif est de construire quelque chose de pérenne.
J'ai décidé d'y associer les commerçants locaux et les mamans.
Moustapha nous a amenées visiter aussi son centre de gestion d'eau potable.
J'apprends beaucoup de choses. j'ai visité le lieu du futur potager. J'ai partagé mon expérience de l'ashram en Inde qui semble l'inspirer.
Maintenant, je vais vite aider D., car nous avons commencé à faire le ménage de la pièce dans laquelle je vais commencer à lister et trier les livres qui seront mis sur étagères et utilisés pour quelques animations au centre en attendant de débuter ce qui pourrait à l'avenir s'appeler centre de documentation.
Beaucoup de prémices, beaucoup de désirs, beaucoup de bonnes volontés... Il s'agit dans tous les cas de savoir gérer l'argent et ne pas faire des plans qui finiront à l'eau...
En attendant je commence à partager de merveilleux moments au sein de la communauté.
Nouveau lieu ,nouvelle aventure ,nouvelle implication ... Heureusement que tu y es pour 3 mois car pour mettre en place tout ce que tu voulais faire il va bien falloir ce temps .
RépondreSupprimerTu as l'air d'être bien adapté ou adopté ou les deux ... Tu es en bonne compagnie ..il n'y a pas mieux que les enfants...
Je pense à toi. Maman.
Continue ce merveilleux journal, je vais le lire de bout en bout.
RépondreSupprimerOn dirait que tu es là-bas depuis au moins un mois!
RépondreSupprimerBisous, Vi
Lol virginie! C'est clair, j'ai pas attendu de savoir s'il y avait des crocodiles pour me jeter à l'eau!
RépondreSupprimerMerci Môman pour ton suivi ^^.
Merci Norédine, ça me touche...yé je me fais agresser là par une bestiole inconnue kesakoooooo! je file sous ma moustiquaire en priant pour que les chants de la mosquée cessent je voudrais pouvoir dormir...on a une heure de mois que vous ici.
elle me regarde la bête loooool! bonne nuit, demain j'ai plein de choses de prévues.
Je vais lire également ce cheminement. Je suis vraiment ravie de voir que tu as déjà pris tes marques. Je te lis, te suis, continue de nous faire partager ce magnifique projet.
RépondreSupprimerGros bisous, Manon.
ps; très belles photos!
RépondreSupprimertu nous fais rever, voyager, c'est du bonheur de te lire bises marion
RépondreSupprimerwhaooouuuuuu....Je suis tout autant ravie et épatée que les autres...C'est beau et bon ce que l'on lit et voit là en quelques lignes et photos, je suis heureuse pour toi Coralie, vraiment...:-)
RépondreSupprimerC'est une formidable aventure que tu vis...
A très vite, mille pensées volent vers toi***
Fée *
Câlins du Pirate***
Merci...
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