| A la croisée des regards... |
Et bien, si je ne manquais pas autant de sommeil, si je n'étais pas aussi fatiguée, je crois que vu la tournure positive des événements après plus d'un mois et demi de grosse galère, je serais prête à étendre mon séjour pour prolonger ces acquis!
Mais l'assistance médicale m'a encore appelée et comme je suis aphone, ça a été terrible d'essayer de leur dire qu'ils ne s'inquiètent pas, que j'étais juste fatiguée. Ils sont vraiment très sympas, mais ils tiennent absolument à ce que je remonte sur Dakar pour voir le médecin référent que je dois contacter demain. Je leur ai dit que je pensais sans problème tenir jusqu'à la fin du mois mais que j'étais peut-être inconsciente. Ils ont ri et ont dit que c'est après ma consultation qu'ils aviseraient s'il serait bon ou pas que je reste encore dans ce pays.
Bref, la synthèse médicale étant faite, je vais m'attacher à des points bien plus intéressants.
Je suis contente mais vraiment contente du goûter de ce matin! Je crois que ma défection de lundi, le recul que je leur ai donné, et les nouvelles explications fermes des objectifs et du déroulement a permis à certaines pièces du puzzle de trouver leur place sans trop de pliures!
Bon, le lait caillé était raté parce qu'au lieu de me fournir deux sacs de deux kilos hier au soir, on m'a amené trois gros sacs de 10 kg et j'ai dû sans balance tenter d'estimer la quantité. Je me suis plantée, il manquait je pense un pot. Du coup le lait caillé ressemblait plutôt à du lait fermenté très liquide. Quant au pain de singe, idem. Il fallait le faire avec 3 litres d'eau, mais j'ai écouté l'homme qui m'aide d'habitude le soir, et j'en ai mis 5 litres.
Ensuite, en arrivant, j'avais un peu formé les stagiaires aux actions à mener en arrivant, à savoir remplir les bassines devant chaque classe. Du coup j'étais plus disponible à la préparation du goûter même et évidemment il manquait la fiole de fleur d'oranger. Ici c'est sacré! Du coup, j'ai fait appeler le président de l'assoc par une bénévole vu que je ne pouvais pas m'exprimer sauf en langue des signes, et j'ai aussi insisté pour avoir mes deux bidons d'eau pour faire boire les enfants.
M. est arrivé en voiture pour me dire que je devais aller acheter la fleur d'oranger car il allait recevoir un petit stock mais le soir. Il m'a juré que les bidons allaient arriver: j'attends encore...mais ça va être réglé vu que j'ai un peu secoué le cocotier à mon retour.
Au moment de partir me procurer l'ingrédient manquant, ma pote qui marche sur mon ombre, l'instit de petite section, est revenue avec ses petits sabots me demander de ramener encore un kilo de sucre! Ah ah! Franchement, j'ai éclaté de rire- sans sonorité- et je lui ai fait comprendre que le problème était réglé: JE décidais ce qui devait entrer dans la recette mais j'ai quand même eu la patience dans un dernier râle, de lui expliquer que l'objectif était de déshabituer les enfants à se gaver de sucre raffiné et que les sucres naturels du mil suffisaient. En fin de goûter, il restait du mil vu que les cuisinières en avaient cuit 9 kilos et non 7 kilos comme je l'avais demandé, je leur ai fait comprendre qu'en réduisant la quantité, la sensation de sucré du coup, allait augmenter. Affaire close, on a passé notre pacte avec des mains claquées et de grands sourires d'accord.
Revenons à mon parcours de fleur d'oranger: je pensais en trouver au magasin du coin. pas de bol, ils n'en avaient plus. Je suis allée donc en pleine chaleur, courir entre les baobabs sur le sable pour ne pas louper le moment où l'ingrédient devait être utilisé. J'ai fini par en trouver dans une petite boutique. On me connaît maintenant, donc on me fait le prix sénégalais.
In time, les femmes étaient contentes de voir que je n'abandonnais pas pour cause de rupture de stock!
Pour la suite, je suis repassée dans les trois classes toujours en langue des signes- ce qui m'a obligée à faire des jeux de frapper de mains pour les faire taire et attirer leur attention - pour réexpliquer qu'il fallait se laver les mains jusqu'aux coudes, puis rincer soigneusement.
La mise en pratique ensuite a été correctement suivie grâce à la présence des autres stagiaires.
Dès que le mil est cuit: les petites sections commencent à se laver les mains et à s'installer.
Pendant ce temps, je sers avec les femmes les quantités dans les assiettes. Nous savons maintenant les portions: les assiettes sont presque toutes revenues vides! Le travail à la chaîne- sans connotation péjorative- se passe de mieux en mieux. Le plus dur est le poids de la louche! Je crois que je me fais ma gonflette le temps de ce service. Les tensions n'existent plus, la confiance s'est installée, c'est vraiment encourageant et ce temps devient même plaisant à partager.
J'ai embauché pour le service deux petites filles de grande section: ça a beaucoup plu aux enseignantes ainsi qu'aux enfants car tout le monde se sentait concerné: plus on aide, plus on est servi vite, plus on peut prendre le temps de manger puis d'aller s'amuser dans la cour!
J'ai été ensuite surprise de voir ces mêmes petites filles venir m'aider à faire la vaisselle. On voit bien qu'elles sont habituées à suivre le rythme de leur maman à la maison. Je n'aurais jamais vu cela en France!
Bref, tout s'est bien goupillé et tout le monde était très content. Maintenant j'ai encore pas mal de travail au niveau de la gestion des stocks pour qu'après mon départ les autres puissent préparer en amont le goûter comme moi. Avec les gros sacs il faut en plus aller faire peser les ingrédients à la boutique chaque dimanche et mercredi soir. En fait je pense après trouver un récipient étalon à laisser sur place, ça sera plus simple.
J'avais aussi apporté les vêtements comme promis pour le change des enfants et confectionné des classeurs avec fiches plastifiées pour les préparations des maîtresses. Elles étaient vraiment contentes. On m'a même proposé samedi matin de les accompagner dans un village d'à côté pour une réunion pédagogique avec tous les enseignants du secteur! Je trouve cela très intéressant et si je peux, je vais y aller. Dans la classe des grands j'ai trié le matériel pédagogique de graphisme écriture d'un côté et d'apprentissage logico-mathématique de l'autre. Tout était mélangé sur l'étagère avec des livres poussiéreux d'enfants a priori peu utilisés. Du coup les autres bénévoles sont retournées cet après-midi faire un tri sur place pour qu'on est plus de place pour le matériel adapté.
J'ai fait le tour de la classe avec l'instit pour lui montrer concrètement comment bouger les tables afin d'aménager des coins d'apprentissage différents et rendre l'espace plus respirable pour les enfants et les adultes!
Et je me suis échappée car j'étais épuisée dans cette fin de matinée.
Coup de chance, l'eau était revenue donc j'ai pu me rafraîchir. je suis partie faire du change mais là, stupeur...une maison sur une petite place a commencé à prendre feu avec violence. Une femme est sortie en hurlant à l'aide j'imagine avec de grands mouvements. Je me trouvais idiote là, plantée en pagne. Des personnes hommes et femmes ont commencé à s'agiter mais comment arrêter un feu sans eau ni pompiers? Le commerçant du coin était bloqué seul dans sa boutique. Comme une chaîne les gens appelaient d'un coin de la rue à l'autre et je voyais accourir des personnes chargées de bidons de part et d'autre. J'ai appelé M. pour qu'il fasse amenée des charrettes de baril d'eau...Comme je n'avais pas de voix, c'est le commerçant qui a expliqué où le feu était mais petit à petit le feu a été maîtrisé...mais je pense qu'il ne reste pas grand chose.Ça m'a rappelé la paillotte de pêcheurs en Inde qui avait brûlé aussi sous mes yeux...Dur...
Après ces péripéties, je suis rentrée pour me reposer mais là encore, un jeune homme est arrivé avec une plaie suintante au pied. J'ai encore pris sur moi, et je lui ai aussi fait un cataplasme d'argile car le pus coulait beaucoup. Coup de bol, j'ai des gants en plastique maintenant. Je me protège plus du fait de ma baisse immunitaire...
J'ai ensuite signalé que je m'inscrivais aux abonnés absents. Pas facile... Là, les petites filles me sollicitent, je leur ai donné des feutres pour être un peu tranquille et j'ai différé mon cours d'alphabétisation car j'avais envie d'écrire ce billet.
Maintenant, je vais aller me poser chez mon amie et coudre un ruban pour mes cheveux loin de toute l'agitation de ce matin...paix à mon âme!
Bien non, raté, on vient me solliciter à nouveau pour soigner une plaie...je viens de dire "NON"...on le prend mal. Mais tant pis, je n'en peux plus...
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